Système politique traditionnel
La société turkana est décentralisée et semi-nomade. Il n'existe pas de chefferie centralisée héréditaire. L'autorité est exercée collectivement par les anciens (elders) dont le pouvoir est renforcé par leur rôle de médiateurs religieux entre les vivants et Akuj (dieu suprême). Les anciens, considérés proches de la mort et donc proches d'Akuj, sont les praticiens religieux exclusifs. Le système d'âge et de génération (athapan) organisait l'ensemble de la vie sociale et politique jusqu'à ce que la colonisation et les conflits armés en fragilisent l'autorité.
Organisation clanique
Les Turkana sont composés de deux grandes divisions (Ngimonia au nord et Ngichuuro au sud), subdivisées en nombreux clans (ngimacharin, marques ou clans). Chaque clan possède des tabous alimentaires spécifiques : par exemple, certains clans ont le poisson comme tabou. Les structures familiales et claniques déterminent les droits pastoraux, les alliances matrimoniales et les obligations rituelles. Les maisons turkana ont un cadre en bois en dôme de saules recouvert de feuilles de palmier doum (Hyphaene thebaica), de peaux ou de cuir.
Grades d'âge
L'initiation masculine (athapan) se tient tous les quatre à cinq ans, généralement lorsque la nourriture est abondante. Les jeunes de 16 à 30 ans sont initiés en groupes. Le rite d'initiation (athapan) redéfinit l'affect et la loyauté des jeunes, les faisant passer de leur père biologique à leur groupe d'âge collectif. Le système turkana comprenait historiquement des ensembles de génération, mais ceux-ci ont été progressivement remplacés par un système d'alternances (l'un des deux groupes qu'un initié rejoint lors de l'athapan), considéré par l'anthropologue Gulliver (1958) comme le vestige d'un système de génération plus ancien. Le grand cérémonial de succession de génération (qui se produisait environ tous les 50 ans) a été abandonné.
Rôle des lignages
Les lignages patrilinéaires structurent l'identité, les droits pastoraux, les obligations matrimoniales (dot en bétail) et les alliances politiques. Les Turkana se désignent symboliquement comme les gens du taureau gris. Le bétail (chèvres, chameaux, ânes, zebus) est à la fois producteur de lait/viande et monnaie pour les dots et héritages. Les échanges commerciaux avec les Pokot (maïs, haricots, légumes) et les Marakwet (tabac) complètent l'économie pastorale.
Autorité religieuse
Les ngimurok (devins) sont les figures spirituelles centrales de la société turkana. Ils jouent un rôle actif dans presque chaque événement communautaire. Ils identifient les sources de maladie, de malheur ou de conflit et prescrivent les sacrifices nécessaires. Les devins les plus respectés, dits devins de Dieu, reçoivent leurs révélations directement d'Akuj, normalement par des rêves. Les devins célèbres Lokerio et Lokorijem ont marqué l'histoire turkana : Lokerio aurait divisé le lac Turkana pour permettre à des guerriers de traverser à pied ; Lokorijem recevait des rêves d'Akuj l'informant des positions des colonisateurs britanniques. D'autres ngimurok spécialisés lisent les feuilles de thé, le tabac, les intestines d'animaux, les chaussures, les pierres ou des cordes.