Diawara

D'où vient le nom · Nom

Diawara

Le nom Diawara est un nom de clan, ou jamu, porté surtout par des Soninké du Kaarta et du Kingui, au Mali, et aussi chez des Malinké et des Peuls. On l'écrit aussi Jawara, et le dictionnaire des noms de clan l'écrit Jáwara. Les sources ne s'accordent pas sur son origine ; nous les présentons plus bas.

Un nom de clan soninké du Kaarta et du Kingui ; son origine reste discutée.

Du plus récent au plus ancien

  • Contemporain
  • Colonial
  • Précolonial
  1. Usage contemporain

    Le nom Diawara désigne un clan, que le dictionnaire des noms de clan mandingues écrit Jáwara. Il le rattache aux Soninké, aux Malinké et aux Peuls, entre autres groupes, et ne lui donne pas de sens. Plusieurs explications de son origine existent ; nous les présentons plus bas. 

  2. 1912

    Le nom Diawara désigne, pour Maurice Delafosse, un groupe soninké « participant à la fois de la tribu, de la caste et du clan », qu'il divise en Sagoné, ou Sahonéra, et en Dabo. 

  3. Instructions de 1863, récit publié en 1868

    Le nom Diawara est écrit « Djawaras » dans les instructions de la mission d'Eugène Mage, en 1863, qui parlent du « pays des Djawaras », des Sarakollé d'une province du Kaarta. Mage précise en note que les Djawaras habitent surtout le Kaarta, et d'abord le Kingui. 

    Personnes citées dans ce récit : Eugène Mage, publie ces instructions et les corrige en note

  4. Origine la plus ancienne connue du nom Diawara

    Voyage de 1849-1855, récit publié en 1858

    Le nom Diawara apparaît sous une forme proche, « Jáwarát », chez Heinrich Barth, qui compte les Jáwarát parmi les sections des Aswának du Bághena, nom qu'il donne aux Soninké. Il ajoute qu'ils ne parlent que la langue des Aswának et qu'ils se divisent en deux sections, dont les Welád Dábo. C'est la plus ancienne trace écrite de ce nom que le projet connaît ; elle dit quand un voyageur l'a noté, pas depuis quand le clan le porte. 

    Personnes citées dans ce récit : Heinrich Barth, écrit cette forme

  5. D'où vient le nom Diawara ? Les sources proposent plusieurs explications, sans que l'une l'emporte.

    Hypothèse 1 · Rapportée en 1912

    Le nom Diawara viendrait d'une réponse mal comprise : Soundiata ayant demandé son nom de clan à Daman-Guilé, celui-ci aurait répondu « Dia wara », « il n'y a pas de clans chez nous » dans la langue de son pays, et on aurait pris ces mots pour le nom de ses gens. C'est la légende que rapporte Maurice Delafosse. 

    Personnes citées dans ce récit : Daman-Guilé, chasseur du récit, ancêtre des Diawara selon la légende

    Hypothèse 2 · Proposé en 1912

    Le nom Diawara pourrait venir de dia, ou dian, qui veut dire « clan » en mandé, suivi de wala, la négation en peul, d'où « il n'y a pas de clan », selon une supposition de Maurice Delafosse. Il ajoute que Diawara et le nom peul Diawambé semblent venir d'un même radical. 

    Hypothèse 3 · Proposé en 1960

    Le nom Diawara voudrait dire « fauve de Dia », Dia étant la ville des grands marabouts où les Diawara auraient régné, selon une note de Djibril Tamsir Niane dans l'épopée de Soundiata. 

    Hypothèse 4 · Origine non datée

    Le nom Diawara viendrait du soninké « Ja wara », « Hé ! va-t'en ! » ; en maninka, il sonne comme le cri qui chasse les chiens. C'est l'une des deux explications de l'ouvrage en n'ko de Souleymane Kanté, selon la traduction russe qu'en donne E. A. Bogacheva. 

    Hypothèse 5 · Origine non datée

    Le nom Diawara viendrait de « Jà wáda », un surnom donné aux Diawara quand leur force devint si grande qu'elle paralysa toute la capitale. C'est l'autre explication de l'ouvrage en n'ko de Souleymane Kanté, selon E. A. Bogacheva. 

    Hypothèse 6 · Proposé en 2017

    Le nom Diawara pourrait être rapproché de Ghayawara, une ville de l'or du Ghana décrite par al-Bakri au XIe siècle, et du pays de Ghiyara dont parle al-Idrisi au XIIe siècle, selon E. A. Bogacheva. Elle avance ce rapprochement comme possible, à partir de traductions russes de ces auteurs. 

  6. + Voir les 16 autres récits− replier
    1. Vers 1270, selon les traditions

      Le nom Diawara est celui de la dynastie qui aurait pris le pouvoir à Diara, au Kingui, vers 1270, à la place de la dynastie des Niakaté. Son ancêtre aurait été un chasseur, Daman-Guilé, arrivé au Manding au temps de Soundiata, selon les traditions que rapporte Maurice Delafosse. 

      Personnes citées dans ce récit : Daman-Guilé, chasseur donné comme l'ancêtre des Diawara dans les traditions

    2. Origine non datée

      Tous les Diawara descendraient d'un même ancêtre, Damanguilé, un chasseur dont le récit fait parcourir une grande partie de la région aux XIIIe et XIVe siècles, réputé connaître les plantes et les hommes et tenu à l'écart des querelles de pouvoir. Sa tombe se trouve à Bamaguilé, dans le cercle de Nioro du Sahel ; en juin 2010, des porteurs du nom venus de tout le Mali et de l'étranger s'y sont rassemblés, au nom de sept clans diawara et des villages du Kingui. 

      Une légende fait de Daman Guilé l'ancêtre des Diawara du Kingui. Il aurait d'abord vécu au Manden auprès de Soundiata, qui lui aurait remis un sabre de pouvoir, puis se serait installé à Sorotomo, où il aurait épousé Kouria Koita, la fille du roi de Kakolo. Chasseur de grand renom, il aurait fondé Touroungoumbé, « la mare aux éléphants » en soninké ; sa tombe, que ce récit place à Bambanguédé, est gardée par un Kamissoko, et ses descendants y sacrifient chaque année. Le même texte donne deux versions de l'arrivée des Diawara au pouvoir à Diara : le dernier roi niakhaté aurait remis de lui-même le commandement à Daman Guilé, ou ses fils auraient détrôné ceux des Niakhaté. 

      Un récit familial kaagoro tient les Saagonè et les Daabo, deux groupes qui se combattirent, pour deux branches d'un même nom : « ils sont tous Jaawara ». Le même récit dit les Jaawara et les Kaagoro du Kingi parents par leurs mères, « du même lait », et raconte comment les Jaawara, ne pouvant leur faire la guerre, les poussèrent à partir avec un miel mêlé d'un philtre. 

      Un récit fait descendre les Diawara du chasseur Daman Guille. Il est rapporté dans une étude de 1970 consacrée aux groupes ethniques du Mali, que nous ne connaissons que par son résumé. 

      La tradition orale placerait le berceau des Diawara au village de Kinki, dans le cercle de Nioro. 

      Le sens du nom n'est pas univoque. Les uns disent qu'en soninké « Ja wara » voudrait dire « Hé ! va-t'en ! », et qu'en maninka le nom sonne comme le cri dont on chasse les chiens. D'autres disent que la force des Jáwara devint si grande qu'elle paralysa toute la capitale, qu'on les surnomma alors « Jà wáda », et que ce surnom devint Jáwara. L'ouvrage qui rapporte ces deux explications a été écrit en maninka, dans l'écriture n'ko, par Souleymane Kanté. 

      Le même ouvrage situe les Jáwara dans la province de Ɲɔ́rɔn, que nous lisons Nioro : conquis autrefois par les Soninké, ils auraient abandonné leur propre langue pour celle des Soninké. Il leur compte deux branches, les Sàgonɛ́, établis à Kínkin, et les Dábo, au Bakhounou. Une synthèse publiée par l'UNESCO nomme deux clans diawara, les Sagone et les Dabora, que nous rapprochons de ces deux branches, entre lesquels une querelle éclate au XVIIIe siècle et dont profite un roi bambara du Kaarta. 

      Au milieu du XVIIe siècle, les Massassi arrivés au Kaarta y trouvent les Jawara déjà installés, puis les repoussent vers le sud ; chassés de Nioro, leur capitale, les Jawara se révoltent en 1843. 

      Les deux branches du nom, les Saagonè et les Dabo, se sont combattues ; la victoire des Saagonè est datée des années 1753-1754 par des historiens qui s'appuient sur les traditions du Baakhunu, et la chronologie des Jawara reste discutée. 

      Le dictionnaire des noms de clan mandingues note le nom Jáwara. Diawara en est la transcription française usuelle ; Jawara est la graphie qui domine en Gambie et en Sierra Leone, et celle qu'emploie une synthèse de l'UNESCO pour les Diawara du Kaarta. 

      Une explication lit dans le nom « fauve de Dia » : l'éditeur de l'épopée de Soundiata publiée en 1960 l'écrit dans une note, où il ajoute que les Diawara auraient régné à Dia, ville des grands marabouts d'après les traditions. En bambara, wára désigne le fauve, surtout les félins. Une page du portail communautaire soninké donne la même lecture, « les fauves de Dia », sans dire d'où elle la tient. Aucune de ces sources ne montre comment le mot s'est formé. 

      Une étude de 1970 tient les Diawara pour un peuple distinct : leur peuple tirerait son nom de leur nom de clan, et ils répondent qu'ils sont Diawara, non Soninké, bien qu'ils parlent la langue soninké. Le nom de clan serait ainsi devenu le nom d'un peuple. 

      Dans quel monde le nom est né n'est pas établi. Une synthèse de l'UNESCO range les Jawara parmi les plus anciens clans de la société songhay, tous d'origine soninké. D'autres sources disent l'inverse : les Diawara n'étaient pas soninké à l'origine, et ceux de Tounoufou et de Sambouya, d'après une thèse prêtée à l'historien Youssouf Tata Cissé, comptaient parmi les premiers occupants du Manden, partis du Wagadou après de grandes sécheresses. Le dictionnaire des noms de clan rattache l'entrée aux Soninké, aux Malinké et aux Peuls, entre autres groupes. 

      Un mémoire universitaire de 2017 propose de rapprocher le nom de Ghayawara, une ville de l'or du Ghana décrite au XIe siècle par le géographe al-Bakri, et du pays de Ghiyara dont parle al-Idrisi au XIIe siècle, sous les formes que leur donne une traduction russe. Ce rapprochement repose sur une ressemblance de sons ; il est avancé comme possible, non démontré. 

      Le nom compte parmi les noms de famille sarakollé (soninké) du Mali, et une liste communautaire soninké lui attache deux seconds noms (jammu kare), Dicko et Molodji. 

Fin de ce que nos recherches retracent pour le nom Diawara.

Les sources du nom Diawara

Plusieurs sources expliquent l’origine de ce nom. Voici leurs 26 récits, rangés par type de source.

  • Tradition orale ou communauté · 5 sources
  • Livre ou étude · 6 sources
  • Rapport public · 3 sources
  • Archive · 3 sources

D'où vient le nom · Langue

Soninké

Le nom soninké désigne la langue des Soninké, un peuple d'Afrique de l'Ouest qui a fondé l'empire du Ghana, et c'est aussi le nom que ses locuteurs lui donnent. D'autres noms existent : Sarakolé, surtout en français, et Marka, le nom que lui donnent les Maninka. Les sources que nous avons lues n'expliquent pas l'origine du nom soninké ; elles en donnent une pour Sarakolé.

Le nom du peuple et de sa langue, écrit dès 1615 environ.

Du plus récent au plus ancien

  • Contemporain
  • Précolonial
  1. Usage décrit par l'auteur

    Le nom soninké désigne le peuple qui a fondé l'empire du Ghana, et sa langue. Chez les Maninka, le même mot, Soninke ou Sununke, désigne aussi un Maninka resté fidèle à la religion de ses ancêtres, selon Djibril Tamsir Niane. Les sources que nous avons lues n'expliquent pas l'origine du nom. 

  2. Depuis 2001

    Le soninké est l'une des six langues nationales du Sénégal, à côté du français, langue officielle, selon l'article premier de la Constitution. 

  3. Origine la plus ancienne connue du nom Soninké

    Vers 1615

    Le nom soninké apparaît par écrit, sous la forme « Sonequeis », chez le jésuite portugais Manuel Álvares, le premier à distinguer par écrit les Soninké des Mandingues, selon José da Silva Horta. C'est la plus ancienne trace de ce nom que le projet connaît. Le peuple et sa langue existaient déjà avant lui. 

Fin de ce que nos recherches retracent pour le nom Soninké.

Les sources du nom Soninké

Plusieurs sources expliquent l’origine de ce nom. Voici leurs 3 récits, rangés par type de source.

  • Livre ou étude · 1 source
  • Rapport public · 2 sources

Pour les autres noms de cette langue, d’autres sources existent : des références linguistiques et des archives. Choisissez un nom plus haut pour les lire.

Ce que nous ne savons pas encore

  • Avant sa plus ancienne trace connue du projet, l’histoire du nom Diawara reste à écrire.
  • Aucun récit transmis oralement n’est enregistré pour le nom Soninké.
  • Avant sa plus ancienne trace connue du projet, l’histoire du nom Soninké reste à écrire.

Nous pensons qu’une meilleure connaissance des histoires et des liens entre les populations d’Afrique peut nourrir la compréhension et la coopération.

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